Chronique de l’étranger

Monsieur Cyr

J’appellerai mon prochain sujet par son nom de famille, par respect pour ses 90 années : un monsieur néo-brunswickois faisant partie de la communauté port-jolienne depuis 52 ans.

En effet, avec sa femme et ses 6 enfants, il a choisi de déménager au Québec, où un dernier garçon sera né, dans un patelin où ils avaient déjà des alliés. Sa femme, enseignante, désirait profiter d’une meilleure possibilité d’éducation pour leurs enfants grâce au système scolaire québécois, qui avait subi une belle cure de jeunesse. Cet homme, qui m’a semblé moderne tout au long de sa vie, a accepté de vendre à peu de frais son entreprise de bois pour se lancer dans l’aventure.

Il y a mené son petit bonhomme de chemin, réussissant à faire vivre sa famille malgré un léger handicap au pied dû à une polio mal guérie dans sa jeunesse. D’ailleurs, il est de ces hommes qui ont travaillé tôt pour permettre aux plus jeunes frères et sœurs de pouvoir poursuivre leurs études, avant de pourvoir à sa propre famille.

Arrivé ici, il a choisi de participer à la communauté de différentes façons, le bénévolat prenant une belle part de sa vie et lui ayant permis, comme il dit, de « rester en forme ». Il s’est joint à quelques conseils d’administration, a vu naître les premières installations d’Horizon Soleil, maintenant Valorisaction, auxquelles il a prêté ses habiletés, ou, comme membre du conseil d’administration, a participé à la construction de la deuxième phase de la résidence pour personnes âgées l’Oasis.

Cet homme, qui ne cache pas sa grande croyance en la religion catholique, a donné un coup de main pour l’entretien de l’église et à la prise en charge de la petite chapelle dédiée à Notre-Dame, sur le chemin du Moulin. Bien que ces monuments soient importants pour les gens qui ont la foi, ils restent également des éléments du patrimoine à préserver.

D’ailleurs, notre monsieur d’un autre temps trouve important de conserver la richesse de l’histoire des artisans du coin. Il est franchement de la gang qui veulent investir dans la préservation du Musée de sculpture sur bois (anciennement Musée des Anciens Canadiens), pour garder vigoureuse l’extraordinaire notoriété et le bagage que nous ont laissés les belles années de la sculpture; comme il était de ceux qui se sont battus pour la sauvegarde du quai et qui voyaient la nécessité de développer la Vigie et le Parc des Trois-Bérets.

Pour cet homme résolument optimiste, Saint-Jean-Port-Joli est encore bien vivante, même si cela prend un autre visage dans nos années modernes. Il n’a que de bons mots pour la Biennale de sculpture ou la Fête d’hiver et ses fantastiques sculptures de neige. Ce « vieux » est résolument tourné vers l’avant. Ne dites pas que les personnes âgées sont rétrogrades. Je le vois souvent dans mon métier. Et Monsieur Cyr me le démontre une fois de plus. Il affirme avec vigueur que « Saint-Jean a connu une belle évolution! »

D’ailleurs, les gens qui sont ici depuis toujours ont sûrement vu cet homme occuper sa retraite à nettoyer les berges et le coin névralgique du quai pour laisser à cette beauté tout l’espace qu’il mérite. Sans que personne ne le lui demande. Sans paie. Juste pour la communauté. La ville aura reconnu son apport.

Que de leçons pouvons-nous apprendre, nous les plus jeunes, de ces aînés qui savaient qu’ils faisaient partie d’une communauté et qu’une communauté se définit par une action commune. Tout au long de notre entrevue, j’entends bien cette recherche constante d’être utile pour le village, sans en oublier ses convictions.

Ainsi, lorsqu’il me dit que « la communauté port-jolienne est forte et capable de se tenir », je le crois.

Monsieur Gilles nous dit qu’« il faut aimer le monde pour faire du bénévolat ». Il nous a aussi montré qu’il faut aimer son village pour faire avancer le monde. C’est ainsi que cet aîné aura déposé sa brique sur la grande structure de l’histoire d’un petit « village connu internationalement », dont il est bien fier!

← Retour aux articles