Mille feuilles - Des adieux… ou pas

Lorsque la mort survient subitement on n’a pas la chance de faire ses adieux, ce qui laisse les endeuillés en désarroi et souvent des questions en suspens. Mais lorsqu’elle est annoncée, prévisible, arrive-t-on toujours à bien réussir sa sortie ?

Une gourmandise (2000) de Muriel Barbery. Un délicieux roman, autant par le propos que par l’écriture. Un homme est à l’agonie. Grand critique de gastronomie (il a construit des réputations autant qu’il en a détruites), il ressent l’irrépressible envie, avant de mourir, d ’une saveur enfouie au fond de sa mémoire gustative. Quelle est-elle ? La recherche de cette saveur l’amène à revisiter son enfance, entre autres chez sa grand-mère (Dans ce rêve de fleurs et de légumes, j’écrasais sous mes pieds brunis l’herbe sèche et touffue du jardin et je m’enivrais des parfums), sa carrière, bref, sa vie. Ce roman choral nous offre également les réflexions de son entourage face à l’imminence de son décès.

Une belle mort (2005) de Gil Courtemanche. À Noël, une famille est réunie autour du père âgé, atteint d’une maladie dégénérative. L’homme, diminué, était autrefois autoritaire, voire dur, envers ses enfants. Le narrateur, son fils, a du mal à aimer cet homme qui l’a jadis terrorisé. Tu seras capable quand tu seras un homme. Il ne l’a pas dit mais je l’ai entendu dans ses yeux qui me toisent avec condescendance. Une réflexion sur la fin de vie, vue de façon différente par les membres de la famille. L’auteur rend avec justesse les déchirements éprouvés. Un roman qui bouscule, ne laisse pas indifférent.

La faiseuse d’étoiles (2023) de Mélissa Da Costa. Lors d’un événement qui marquera un important tournant dans sa vie, Arthur replonge dans ses souvenirs d’enfance et particulièrement l’époque de ses 5 ans, où sa mère usa de tout son amour et son imagination pour embellir la réalité. Jusque là, notre vie suivait une mécanique bien huilée mais tout avait dérapé subitement, suite à l’annonce par Maman de sa mission dans l’espace. Une histoire très touchante. *

La promesse (2023) de Marie De Lattre. L’autrice raconte ici son histoire familiale, particulièrement celle de son père, pétrie de secrets, de non-dits dont elle démêle minutieusement les fils après son décès. Une vie marquée par la guerre, la disparition d’êtres chers dans les camps, vie qu’elle découvre dans des lettres venues du passé. Ces lettres, mon père n’a pas voulu les lire. Une quête pour comprendre, guérir. *

Il est venu hier (2010) de Fouad Elkoury. Un homme se meurt. À son chevet, son fils à qui il voudrait bien confier la succession de ses affaires florissantes. Je suis sur mon lit d’hôpital (…) il sait que je suis gravement malade même s’il feint de ne rien savoir. Tout oppose les deux hommes même en cette ultime échéance. *

Marchand de quatre-saisons (2023) de Philippe Lavalette. Après la mort de son père, l’auteur cherche à l’aide de quelques objets banals retrouvés sur lui, à le comprendre, à reconstituer des pans de sa vie. Et je suis sûr qu’avant le saut ultime, mon père avait au creux de ses poches quelques-uns de ces petits trésors qui alourdissaient veste et pantalon. Une quête filiale pour mieux connaître l’homme peu loquace qu’il a été. * Bibliothèque Charles-E.-Harpe, collection Réseau

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