M. Policap s'en va-t-au marché
PAR SERGE PICARD
Sans doute le magasin général était-il l’ancêtre des grandes surfaces dites
« à rayons » que sont les Walmart ou qu’ont été les Sears, Zellers, Miracle Mart ou autres de même constitution.
Cette entreprise commerciale qu’ont connue nos générations précédentes, en plus d’offrir des produits d’alimentation, procurait vêtements, outils et objets d’utilité quotidienne. Située au centre du village, le marchand y accueillait ses concitoyens qui venaient s’approvisionner et notait dans son livre de comptes les achats de chacun. Pas de facture remise au client mais une énumération des biens écrite dans cet aide-mémoire. Il faisait les choses simplement, avec le peu d’instruction que lui fournissait son époque. Savoir compter importait davantage qu’abuser des règles grammaticales. La page suivante du registre nous livre ce secret.

Livre de comptes du marchand de ce magasin général
En traduisant le compte de M. Policap… (Polycarpe), nous observons que ce matin-là il a acheté un pantalon et une paire de souliers, une hache, 1 lb de thé, etc. des produits totalisant 7,58 $ et qu’il a remis un aconte (acompte) de 5,00 $. Cette page laisse supposer qu’ultérieurement il a ajouté d’autres biens, dont 1 lb de tabac, des alumettes, un radoub * et qu’il s’est acquitté de son dû puisque le marchand indique au bas de cette liste qu’il a recu (reçu) ce paimant (paiement) de $ 5,39.
Fidèle à ses clients, le marchand satisfait n’a certes pas manqué de « piquer une jasette » avec celui-ci et avec tous ceux qui fréquentaient infailliblement son établissement.
* Il s’agit probablement d’un nécessaire de réparation.
P.S. Puisque aucune page de ce livre de comptes retrouvé n’indique de dates, il est difficile de le situer dans le temps. Nous pouvons cependant conclure que les coûts des éléments ne favoriseraient pas l’inflation que connait notre temps.