Les liens de Coeur
Par Isabelle Paradis
La semaine dernière, je suis allée loin de chez moi pour rencontrer, pendant quelques heures seulement, une personne qui jadis prit une grande place dans ma vie. Nos chemins se sont séparés et depuis, elle est souffrante de cette maladie qui fait qu’elle peine à me reconnaître aujourd’hui. Pourtant, j’avais besoin d’aller passer du temps avec elle. Allez savoir pourquoi. Et j’en fus heureuse. J’ai vécu un moment charmant, même si l’on pourrait dire d’elle qu’elle est un peu endormie… Notre relation, naguère, fut sincère ; beaucoup d’efforts, de temps et d’amour servirent à tisser des liens robustes. Aussi, la mémoire peut partir mais les liens restent. Et ils étaient là, bien là, encore assez solides pour nous enlacer elle et moi. Ils me firent du bien, comme ses bras autrefois pouvaient le faire. Ce soutien, peut-être invisible mais puissant, est bien ce que je suis allée chercher.
Ça me rappelle que toute forme de relation demande une grande implication. En effet, il ne peut y avoir de relation profonde sans accepter de se plonger dans les louvoiements de ce partage qui en est la base : recevoir, donner, écouter, nommer, souplesse, créativité, volonté et combien d’autres mots que je pourrais associer aux relations humaines. Ce sont tous des mots que l’on a appris à épeler à l’école, mais si peu à pratiquer me semble-t-il… D’où peut-être une propension, que j’observe autour de moi, à rester en surface, des relations qui côtoient surtout, simples mais un peu vides - importantes aussi bien sûr, ne vous méprenez pas, plusieurs sortes de brins forment le tissu social – mais cela reste au-dessus des choses du cœur. Car le mot relation est incontestablement emberlificoté avec le mot Cœur… et pas juste en amour – loin s’en faut. Mais le mot cœur peut faire peur, quand pourtant, c’est lui qui enrichit, qui réchauffe notre Être.
Je pourrais même étirer cette réflexion vers la relation à la communauté, qui n’échappe pas à ce constat. Ceux et celles qui font une différence dans la société sont ceux et celles qui ont compris que la vie communautaire est une création collective et que cette construction, comme le serait une relation personnelle, est liée au défi d’une réelle implication, sans filtre ou peurs qui bloqueraient l’accès au coeur. C’est cet effort qui fait la relation belle. C’est une nourriture que l’on offre à l’amité, à l’amour, aux liens de sang, à la vie communautaire, mais surtout, à nous… Oui, quand on veut mettre de la chaleur dans notre vie comme autour de nous, on doit accepter d’intégrer tous ces mots que la petite école a déposés dans nos têtes, dans l’espérance qu’un jour ils serviraient au coeur. Et on en est largement récompensé…
C’était comme un rivage
Aux allures de sage
Sur lequel je pouvais m’échouer
Le temps d’un voyage.