Le Noël des petites souris

Histoire (presque) vraie, conte pour petits et grands (au cœur d’enfant)

La famille Souris est bien au chaud chez elle. Papa, maman et bébé adorent leur maisonnette au toit rose à pois, aux jolis volets bleus, aux meubles douillets. Oui, ils y sont bien au chaud mais ils s’ennuient. Et pour cause : ils sont dans le noir, relégués depuis des lustres sur la plus haute tablette d’un placard de la chambre de Marie. Trop grande pour jouer avec eux, elle les a délaissés il y a belle lurette. Occasionnellement les souris aperçoivent une brève lueur lorsque l’adolescente ouvre la porte pour en retirer ou y ranger un objet. Comme il est loin le temps où elles avaient la faveur de la fillette toute petite lorsque sa maman les a fabriquées pour elle. Combien d’heures avait-elle passées à choisir les tissus appropriés, à tailler puis assembler chacun des éléments composant ce mémorable cadeau d’anniversaire. Penchée sur sa machine à coudre, elle y avait mis autant d’amour qu’elle avait pris plaisir à le faire. Marie avait été ravie, ce fut durant une longue période son jeu préféré. Puis les années passèrent, elle grandit, développa de multiples intérêts et les souris bien malgré elles élurent domicile tout là-haut dans l’armoire.
Un jour pourtant la lumière y pénètre plus longtemps que d’ordinaire. Porte grande ouverte, Marie fouille, déplace des effets, en sort quelques-uns, les range de nouveau. Elle est habitée par une frénésie inhabituelle. Enfin elle s’assoit par terre, tête entre les mains, un peu découragée. Les souris l’observent, se demandent ce qui se passe. Soudain, Marie approche un tabouret afin d’atteindre la tablette supérieure. Les petites bêtes sentent leurs minis coeurs battre la chamade, se peut-il qu’enfin on les extirpe de là ? Leur maison est soulevée, déposée délicatement sur le plancher près du lit. Marie prend les minuscules locataires bien ébranlées par la situation. En manipulant ces jouets qui lui ont jadis procuré tant de bonheur, elle fait un doux voyage dans le passé. Elle se revoit vaguement (elle était si jeune !) ouvrir la boîte cadeau renfermant ce trésor. Maintenant elle prend conscience de tout le travail que sa confection a demandé. Elle se remémore les scénarios qu’elle élaborait pour animer cette sympathique famille aujourd’hui ravie de se dégourdir un peu. Et elle se dit qu’elle a enfin trouvé. Noël approche et elle se demandait quoi offrir à sa toute petite cousine Alice. Si elle-même s’est tellement amusée avec ces souris, la fillette les appréciera sûrement. Et en les passant à une autre enfant, elle redonne vie à la création de sa mère, afin de la sortir de l’oubli.
Le matin de Noël, les souris tapies dans leur maison bien emballée dans un sac coloré sont excitées à l’idée d’être adoptées par une nouvelle fillette. Marie, impatiente de voir sa cousine découvrir son présent, l’encourage à le déballer. Alice plonge les mains dans le sac, en retire la maisonnette. Elle l’ouvre délicatement et s’exclame : « Des souyis ! ». Tout de suite elle les anime, interagit avec elles, les présente à toute la parenté. Que les petites souris soient rassurées, elles sont entre bonnes mains.