Grains de sagesse
PAR LOUISE CHOUINARD
Dans son livre intitulé « … mais la vie continue », le regretté Bernard Pivot nous offre une lecture jubilatoire sur la vieillesse et ses maux. Curiosité, lucidité, humour, tendresse. Un livre qui se lit à tout âge et qui est on ne peut plus d’actualité. Chacun y trouve quelques recettes pour vivre et vieillir heureux. Des recettes pour vivre l’instant présent.
Les sept engagements de Bernard Pivot
1-Ne jamais me plaindre
Chanceux, l’amour et l’amitié font cortège à mes vieux jours. Seul le plaisir justifie mes travaux d’écriture. Mes muscles ont fondu, j’ai perdu deux centimètres, je supporte de plus en plus mal le froid, mais mon corps qui, jusqu’à présent, a échappé aux fléaux des CI2A1(Cancer, Infarctus, AVC, Alzheimer) tient la route. Ma tête est solide sur mes épaules. Dans ces bonnes conditions, ne pas faire ce que beaucoup de mes alter ego en âge qui transforment en montagnes leurs petits accrocs de santé, les pannes de leurs appareils électriques et les déconvenues de l’existence.
2-Être de bonne humeur
« Les vieillards intelligents, agréables et enjoués supportent aisément la vieillesse, tandis que l’acrimonie, le naturel chagrin et la morosité sont fâcheux à tout âge ». (Cicéron). Soyons modeste : je veux m’efforcer d’être le plus souvent de bonne humeur. Et me rappeler et me redire que rire de soi est un moyen commode d’avoir un tempérament joyeux.
3-Entretenir ma curiosité
Le champ de ma curiosité s’étant rétréci, je puis la rendre plus efficace en accordant plus de temps à mon attention, afin que celle-ci continue de m’informer, de m’émouvoir ou de me divertir, de m’enchanter. Je reste un bouillon de culture.
4-Ne pas m’isoler
Solitude, morne plaine de la vieillesse. Avec l’âge, la conversation et devenue plus qu’un moyen de communication : une preuve d’existence. Malheureux retraités, d’abord d’une profession, ensuite de la société, qui cherchent à qui parler. Amis, vieux camarades, ma femme de ménage, voisins, commerçants, mendiant du coin de la rue… Se dire que la banalité des propos, les conventions d’usage sont enviées des reclus, des abandonnés, des seuls avec eux-mêmes.
5-Profiter
Des avantages de la vieillesse : respect, déférence, bienveillance, compassion. Ces sentiments sont souvent hypocrites. Peu importe. Il faut les exploiter à notre bénéfice. C’est le moment ou jamais d’être réaliste. Et même cynique quand nous nous sentons puissant et incassable.
6-Rêver
Avant de devenir vieux, on n’a pas le droit, les yeux ouverts, de rêver. Enfant, c’est une échappatoire; adulte, une perte de temps. Maintenant que je suis sans ambition, sans responsabilités, libre de mes faits, gestes et pensées, quel délicieux plaisir de m’asseoir ou de m’allonger pour rêver !
D’autres diront raisonner, méditer, cogiter, réfléchir. Je me préfère en rêveur des confins.
7-Ajouter
Ce n’est pas parce qu’on est vieux qu’on n’a pas le droit d’ajouter quelque chose à sa vie. Pour l’embellir, pour l’enrichir. Un divertissement, une foucade, une amitié, une gourmandise, un nouveau rite, une occupation, une croyance, une passion…On a le temps, on peut choisir. On peut essayer. Une envie qui nous trotte dans la tête.
… mais la vie continue
Bernard Pivot, (Albin Michel, 2001)
Photo Claire Vaillancourt.