Albert Legros (1863-1946)
Vers la fin de sa vie, au moment où la sculpture prend son essor à Saint-Jean-Port-Joli, Albert Legros s’adonne à diverses formes d’artisanat.
Le modéliste
Un correspondant de La Presse le « découvre » en 1932 (18 mai) :
« Ce nouvel artiste de Saint-Jean-Port-Joli est M. Albert Legros, oncle de Médard Bourgault. M. Legros est charpentier, menuisier, ébéniste, maçon, plombier, serrurier, etc. Et il n’y a pas pour lui de secrets dans tous ces métiers : il est de plus un dessinateur de très grande habileté ; en outre, un ancien constructeur de navires, ce qui fait qu’il aime de préférence à dessiner des navires de toute nature.
Car c’est grâce, sans doute, à ce dernier métier, qu’il a exercé dans sa jeunesse, qu’il vient de terminer la construction patiente et longue d’un bateau-bijou qui lui a coûté plus de 500 heures d’un travail ardu, appliqué et réfléchi. C’est un ancien navire, un trois-mâts carré qui mesure quarante-deux pouces de pont, et trente-deux de quille, dont le grand mât atteint une hauteur de trente-huit pouces.
C’est un chef-d’œuvre de patience, d’habileté, d’ingéniosité, d’observation. Et tout dans ce petit navire fonctionne avec une précision mathématique. On tire un câble — une ficelle, en l’occurrence — et aussitôt une vergue s’élève, s’incline ou s’apique. Rien ne manque. C’est une œuvre de première valeur. »
L’Événement du 1er juin 1932 rapporte que Legros a refusé « une belle offre » pour son bateau et qu’il est en train de négocier « un bon bargain » avec un Américain par l’entremise de son neveu Médard Bourgault, mais la vente ne se conclura pas. En août, il expose son œuvre à l’Exposition de Québec.
La Presse du 31 août 1932 publie une photographie d’Albert avec son œuvre et ne tarit pas d’éloges envers l’artisan de Saint-Jean-Port-Joli :
« Ici, c’est l’ébéniste à la mode, le menuisier expert, le charpentier de navire renommé ; il est habile dessinateur et conserve vigoureusement toutes ses facultés physiques et son imagination d’artiste-né. »
L’Événement du 9 septembre rapporte que le deux-mâts miniature vaut à son auteur une médaille d’argent dans la catégorie « Arts appliqués ».
Le sculpteur
Deux ans plus tard, dans L’Événement du 18 mai 1934, un correspondant anonyme (qui pourrait bien être Gérard Ouellet) fait aussi l’éloge du sculpteur :
« À propos de sculpture sur bois, ajoutons ici que M. Albert Legros, l’oncle de nos amis [les frères Bourgault], a pratiqué cet art avec beaucoup de succès, lui aussi, au cours de l’hiver dernier. Il a sculpté toute une quantité de choses ravissantes : des écussons divers, des motifs purement canadiens, des sujets symboliques, où figurent le castor et la feuille d’érable, des ancres superbes enroulées de cordages, avec le portrait de Jacques Cartier à même, et jusqu’à des arbalètes moyen-âge ; tout cela sculpté en relief, et avec quel succès ?
C’est cet été qu’on va célébrer, avec tout l’éclat possible, le 4e centenaire de la découverte du Canada ; les visiteurs, les touristes pourront donc trouver, chez M. Legros, de vrais beaux souvenirs de la fête. »
Albert Legros est décédé le 20 juin 1946. Le Soleil ne lui a consacré que trois lignes le 5 juillet et il ne semble pas y avoir de compte rendu des funérailles. Il n’a pas de stèle funéraire. Une rue de Saint-Jean-Port-Joli porte le nom de Legros et honore l’ensemble de la famille. Albert lui-même aurait mérité mieux.