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Madame Jeannette, elle a 102 ans
par Journal L'Attisée le 2018-10-02

Une autre centenaire de Saint-Aubert vient s’inscrire dans nos pages où apparaît déjà le nom de son frère Léonard : madame Jeannette St-Pierre.

À Saint-Aubert, c’était la paix campagnarde d’un autre siècle ; là-bas, c’était le mitan d’une frayeur de canons et de baïonnettes : 1916. Ici sous un ciel clément, ce temps lointain de la jeune paroisse trime de toutes ses forces pour enrichir la terre et composer de belles familles nombreuses malheureusement éprouvées par le décès prématuré de jeunes enfants. Le produit des labours nourrit. L’union de l’amour crée la vie. L’histoire d’aujourd’hui commence à la ferme familiale St-Pierre dans le 3e Rang Ouest. Racontons-la comme si nous y étions.

Jean-Baptiste, arrière-grand-père, avait eu onze enfants vivants. Grand-père François, neuf. Papa Maxime a déjà la demi-tablée qu’il allongera jusqu’à onze au cours de ce récit. Le soleil chatouille les grands érables dont le plaisir de revivre provoque d’abondantes larmes de sève mais l’entaillage se fera sans Maxime. Avec femme et enfants, il déménage à Lauzon pour quelques années. Le matin d’une belle saison est à la porte ; l’aube d’une nouvelle vie se lève : 9 mars. Papa fume, re-fume et mordille sa pipe nerveuse. Probablement chez les voisins pour les soustraire au branle-bas, cinq petits bonshommes et une mignonne bambine ne savent pas. Où est papa? Les « sauvages » vont-ils faire peur à maman restée seule? Une naissance se définit toujours comme un miracle ; Maria (Grondin) en a déjà six à son compte et la croyance affirme que le 7e enfant naît avec un don. Eh bien, oui! Bébé Jeannette arrive avec un certificat de longévité et mention de surpasser son frère et les autres de la galerie de nos centenaires : Régina, Alphonse, Lucienne, Marie, Bernadette, Alfred et Délia. Dans sa maison d’hébergement, n’oublions pas Louis de Gonzague qui la suit de près avec ses 101 ans.
Après la naissance du 8e rejeton, le papa préfère revenir sur la terre paternelle devenue vacante et Maria fera sonner les cloches de notre église trois autres fois. Jeannette grandit telle une petite boule d’énergie qui prend de l’ampleur comme le peloton formé par l’artisane avec la laine filée par son rouet. C’est ainsi qu’elle se tricotera une longue existence et distribuera son visage de sourire partout. Elle est une femme énergique pour qui le travail n’a pas de secret. Sa personnalité remarquable a reçu la flèche d’un beau cupidon. À l’automne 1944, notre vedette devient madame Léon Chouinard. Les jeunes époux s’installent à Saint-Aubert, Léon y travaille. Pour vivre les vœux de bonheur reçus, le foyer s’enrichit de cinq enfants : Jean-Charles, Jacqueline, les jumeaux Roger et Raymond et Gilbert.

Le dynamisme de maman règle tout problème sauf l’impossible… la leucémie. 1956 : son trésor, sa fille unique, sa Jacqueline succombe à l’âge de 8 ans. Un avenir proche aide sans doute le deuil ; Léon change le décor en acceptant un travail à l’Université Laval. Déménagement à Québec. Une vingtaine d’années voguent sur les vagues d’une mer tempérée. Jean-Charles leur présente leur premier petit-fils. L’euphorie de l’heureux événement sera de courte durée. La veille de Noël 1972 endeuille la plus belle fête de l’année en leur enlevant leur capitaine pour toujours. Avec la force des gros bras des 9 fils de son ancêtre Jean-Baptiste, elle rame seule et rame encore. 10 ans plus tard, un cancer mortel sépare à jamais les jumeaux. Le roseau plie mais ne rompt pas. Raymond s’envole travailler à Vancouver. Jeannette se retrouve seule à proximité de son aîné et de son benjamin, ses anges gardiens. Elle file les années qui l’acheminent dans la 9e dizaine d’années de sa vie. Si la visite à son fils dans l’Ouest canadien mettait un peu de baume sur l’absence du cher disparu? Sa santé approuve fortement. Elle part et vole sur son nuage pour s’accorder ce moment incroyable. Un bonheur amène un autre bonheur : le jour même de son 100e anniversaire, naît sa première arrière-petite-fille, la seule fille de sa famille née depuis sa chère Jacqueline.

Les 36 500 jours de sa vie fragilisent son équilibre. Par prudence, Gilbert lui procure une marchette. Surprise! En entrant chez elle, il aperçoit la marchette utilisée comme corde à linge pour son petit lavage à la main pendant qu’elle trottine pour ses activités. Il a fallu une chute sans gravité pour la conduire récemment dans un CHSLD. Notre allusion avec le brin de laine s’est continuée toute sa vie puisque ses doigts de fée ont toujours manié les aiguilles pour fournir les siens en vêtements chauds et pour donner à qui en avait besoin. Elle reçoit encore ses visiteurs le tricot à la main. Après tout, elle n’a que 102 ans. Malgré son problème de surdité corrigé par un appareil moderne, elle peut partager ses souvenirs et ses impressions avec Noël, son jeune frère de 91 ans.
« Nos respects madame Jeannette. Continuez votre beau conte et bon prochain anniversaire! »

Merci à Julie St-Pierre pour son flot de précieux souvenirs.




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